• Capital social

6 critères pour reconnaître et concevoir un bon rapport ESG

6 critères pour reconnaître et concevoir un bon rapport ESG

Partager:

Nombreux sont les rapports de performance environnementale, sociale et de gouvernance, communément appelés rapports ESG, RSE ou de développement durable, à voir le jour. D’ailleurs, pour démêler ces termes, n’hésitez pas à relire notre dernier article.

Ces rapports s’inscrivent dans une démarche de reddition de comptes d’une entreprise et s’adressent à plusieurs parties prenantes – incluant les consommateur.trice.s, les partenaires, les fournisseur.euse.s, les employé.e.s et les investisseur.euse.s – qui s’attendent à ce que les entreprises leur rendent des comptes au sujet de leur responsabilité sociale et environnementale. Tout comme les entreprises partagent leurs états financiers à leurs actionnaires et banquiers, elles gagneraient à partager leurs engagements sociaux et leurs actions afin de tendre vers une société plus juste et durable. On parle ici de divulgation d’informations extra-financières.

Bien que l’on considère cette reddition de comptes essentielle, ce ne sont pas toutes les entreprises qui s’y prennent de la bonne façon, et ce n’est pas entièrement de leur faute. Plusieurs référentiels existent pour guider les entreprises à bien communiquer, mais il n’existe pas de standard universel. Comment comparer la communication extra-financière des entreprises si elles se basent sur différentes normes? Bonne nouvelle, ça ne saurait tarder ; mais en attendant, on peut tout de même relever certains éléments incontournables à communiquer pour évaluer la qualité de différents rapports.

La mesure, un gage de garantie

La mesure est la base d’un rapport crédible. Les engagements pris par une entreprise doivent être accompagnés d’actions et d’objectifs précis et mesurables. Il ne suffit plus de dire qu’une entreprise souhaite réduire sa quantité de déchets, elle doit se donner un objectif de réduction qui pourra être réévalué l’année suivante, lors de la mise à jour de son rapport.

Par ailleurs, il est important de mesurer pour s’améliorer. On voit rapidement le manque d’intentionnalité d’une entreprise lorsque des chiffres partagés d’année en année ne révèlent aucune amélioration. Toutes proportions gardées (employé.e.s, chiffre d’affaires), lorsque la quantité de déchets générés est similaire depuis trois ans, on comprend qu’aucune action n’a été mise en place pour réaliser une amélioration.

Au-delà de la mesure du progrès et de l’amélioration des engagements, la proportionnalité est aussi importante. Une entreprise peut se targuer de remettre 1000 $ par année à un OBNL mais il n’est pas réellement possible de saisir l’ampleur de l’engagement avec cette seule information. Si l’entreprise fait 3 milliards de profit par an, un don de 1000 $ n’est pas significatif. Autre exemple : si une entreprise affirme que 10 de ses postes de direction sont occupés par des femmes, il faut savoir si on parle d’un total de 20 ou de 100 postes. Dans le deuxième cas, on serait loin d’atteindre la parité. Présenter une proportionnalité est beaucoup plus évocateur et transparent.

Toutefois, mesurer prend du temps et le processus de collecte de données aussi. Bien que ces données quantitatives permettent, entre autres, de comparer la performance de différentes entreprises, les retombées qualitatives, souvent difficiles à quantifier, sont tout autant importantes et pertinentes.

La mise en oeuvre : aussi importante que les engagements

Partager ses engagements sociaux et environnementaux dans un rapport est évidemment la base pour une bonne reddition de compte. Cependant, on voit trop souvent des engagements peu détaillés avec une temporalité beaucoup trop lointaine. Tout le monde peut se fixer des objectifs pour 2050. Ce qui différencie un bon engagement n’est pas nécessairement l’indicateur de performance (en anglais, key performance indicator, ou KPI) ou la temporalité choisie, mais bien l’explication de la marche à suivre pour y arriver. Il est important de pouvoir constater que l’entreprise a approfondi sa compréhension de ses enjeux matériels. Quelles sont les prochaines étapes? Comment l’entreprise compte-t-elle atteindre ses objectifs?

Partager des cibles lointaines sans explication peut s’avérer être une forme de blanchiment social ou environnemental (green ou social washing).

Communiquer son progrès, ses succès et ses échecs

Bien entendu, la transparence est un facteur clé d’une bonne reddition de compte. Faire preuve de transparence signifie communiquer les réussites autant que les lacunes. Trop souvent, des entreprises soulignent leurs bons coups sans s’attarder aux retards. Si tous les objectifs sont facilement réalisables, l’ambition initiale mérite d’être questionnée.

Communiquer un retard, voire une régression, et en expliquer la cause, est une excellente pratique. Cette transparence pourrait éventuellement favoriser la coopération entre différentes parties prenantes qui partagent les mêmes enjeux. Communiquer de façon authentique et intègre permet aussi de sensibiliser le public face à la complexité des démarches entamées, et d’éviter que la population devienne si cynique qu’elle ne croit plus aux engagements sociaux des entreprises.

Visuellement, un graphique permettant de représenter l’avancement des objectifs d’année en année est une bonne façon de rapidement communiquer son progrès.

image 20

Penser sa stratégie RSE au-delà des dons

La philanthropie est en quelque sorte le balbutiement de ce qu’on appelle aujourd’hui la responsabilité sociale des entreprises. Il y a quelques années, il suffisait pour une entreprise de donner à une cause ou de s’associer à un organisme de bienfaisance pour redorer son image auprès du grand public. Maintenant, il en faut beaucoup plus pour qu’une entreprise soit considérée responsable.

Évidemment, la philanthropie aura toujours sa place dans un rapport de reddition de comptes, mais elle ne doit pas occuper toute la portion « sociale » des critères ESG. La philanthropie permet entre autres de pallier financièrement aux services pour lesquels les fonds publics sont amputés; c’est ce qu’on appelle la philanthropie de changement social. Ce modèle a pour but d’adresser un enjeu social à la source, par exemple : la réinsertion sociale via le financement de logements pour des personnes sans domicile fixe. Cette sorte de philanthropie stratégique permet entre autres de pérenniser l’aide financière et donc d’assurer la survie d’un organisme. L’idée est de ne pas créer une dépendance envers les dons, mais d’aller à la source des problèmes, dans une perspective de changements plus profonds.

Plusieurs autres initiatives sont pertinentes à inclure dans la section « sociale » des rapports. On peut entre autres y retrouver des actions en matière de diversité et d’inclusion, de bonnes conditions de travail, d’engagements communautaires, d’accessibilité ou de santé et de sécurité.

Ultimement, là où les entreprises peuvent avoir un plus gros impact sur la société est davantage au travers de leur modèle d’affaires que par la philanthropie.

La normalisation des rapports et l’utilisation de référentiels, est-ce obligatoire?

Comme mentionné plus haut, de multiples référentiels existent pour assurer une reddition de comptes structurée qui permet une comparaison entre les entreprises (ISO 26000, SASB, TCFD, GRI). La plupart du temps, ces référentiels sont pertinents notamment pour les entreprises cotées en bourse de qui les investisseur.euse.s exigent une divulgation extra-financière. Toutefois, le choix des différents référentiels dépend toujours du public visé. Il y a une différence entre vouloir sensibiliser une clientèle sur les bonnes pratiques corporatives d’une entreprise via un rapport de développement durable, et rendre des comptes à des investisseur.euse.s. Les référentiels ne sont pas toujours nécessaires. De plus, la combinaison de plusieurs référentiels et indicateurs peut permettre de mieux refléter le contexte d’affaires des entreprises.

Là où le bât blesse, c’est lorsqu’on voit des entreprises se coller à ces référentiels en misant sur la conformité sans nécessairement avoir l’intention d’améliorer leur impact social ou environnemental. Cette manière de communiquer peut laisser croire que ces entreprises ne comprennent pas la raison d’être derrière ces référentiels et l’importance de rendre des comptes sur leur impact sociétal.

Intégrer son rapport ESG à son rapport annuel : une bonne pratique

La majorité des entreprises ont encore deux rapports distincts pour leur performance financière et ESG. Séparer ces éléments peut sous-entendre que les considérations environnementales et sociétales sont moins importantes. Au contraire, un rapport dit intégré, qui combine la performance financière, sociale et environnementale d’une entreprise, démontre que ces trois aspects font partie intégrante de la stratégie et des valeurs d’une entreprise.

Si vous êtes maintenant prêt.e.s à passer à l’action, il est légitime de vous demander par où commencer. Certaines entreprises mettent en place un département ou un comité ESG qui a pour but de coordonner la récolte de données au sein de différents départements, mais aussi de s’assurer que des actions soient implémentées et mesurées afin de communiquer les avancées. La détermination et la mesure des objectifs se font souvent avec l’aide d’une entreprise tierce spécialisée en audits financiers et extra-financiers. En bref, les entreprises ont besoin d’une bonne stratégie ESG avec des objectifs clairs et mesurables ainsi que d’un plan de communication et de mise en marché bien étoffé pour livrer un rapport crédible et pertinent.

Si vous voulez en apprendre davantage sur notre service d’accompagnement stratégique, c’est par ici.

Documentation consultée

Lacelle, N. (2017). Béati, un modèle de philanthropie alternatif? Accompagner le changement social en le finançant: synthèse.

Lefèvre, S. & Charbonneau, J. (2011). Présentation : philanthropie et fondations privées : vers une nouvelle gouvernance du social ? Lien social et Politiques, (65), 7–16. https://doi.org/10.7202/1006023ar